LES  DROITS  DU  MORT

Mal connus, voire ignorés par bon nombre de bridgeurs, les droits du mort sont définis par les Lois 42 et 43 du code international. En voici une synthèse, qui résume ce que le mort peut et ne peut pas faire dans quelques situations types. Le texte complet des Lois est donné à la suite.

CE QUE LE MORT PEUT FAIRE

Jouer en tant qu'agent du déclarant, sur ses indications, sans lui-même participer au jeu.

Tenir le compte des levées.

Répondre au déclarant qui demande le nombre de levées qu'il a réalisées, à condition de s'abstenir de tout commentaire.
Ce point a longtemps été un sujet de contestation, puisqu'il s'agit, en fait, d'une interprétation du point précédent (Loi 42 A.2). Il est maintenant admis par la FFB.

Attirer l'attention du déclarant sur une irrégularité qu'il est sur le point de commettre.
Par exemple, si le mort constate que le déclarant va jouer de la mauvaise main, il a le droit de lui signaler.

S'informer d'une éventuelle renonce du déclarant, si le joueur du camp adverse à qui c'est le tour n'a pas encore joué.
À cette condition seulement, le mort peut demander, par exemple, « Plus de, partenaire ? ».

Appeler l'arbitre :

  • au cours du jeu, à condition qu'un autre joueur ait déjà attiré l'attention sur une irrégularité,
  • une fois le jeu de la carte terminé.

Donner, en présence de l'arbitre, des informations sur une Loi ou sur un fait qui s'est produit à la table.

CE QUE LE MORT NE DOIT PAS FAIRE

Appeler l'arbitre au cours du jeu si un autre joueur n'a pas déjà attiré l'attention sur une irrégularité.

Signaler, au cours du jeu :

  • une irrégularité du camp adverse,
  • une irrégularité du déclarant, après que celui-ci l'a commise.

Donner une réponse commentée au déclarant qui demande le nombre de levées réalisées.
Par exemple, le mort ne doit pas dire « Neuf levées, plus qu'une ! » ou « C'est fermé ! ».

Regarder le jeu d'un joueur du camp adverse de sa propre initiative, regarder le jeu du déclarant (notamment en échangeant sa main avec celle du déclarant), ou quitter sa place pour regarder le déclarant jouer.
Dans chacun de ces cas, le mort perd tous ses droits et doit alors se borner à jouer ses cartes selon les indications du déclarant.

UN EXEMPLE

D 2
A D 10 9
A V 6 5
A 6 4
A R 7 4
8 4 2
10 9 8 7
D 8
  N
O       E
  S
V 10 9 3
5 3
D 3
R V 9 5 3
8 6 5
R V 7 6
R 4 2
10 7 2

Les faits

Au cours d'un match par quatre, Sud joue 4 dans les deux salles. Pour gagner le contrat, il faut trouver la Dame de Carreau troisième en Ouest afin de pouvoir défausser un Trèfle de la main sur le dernier Carreau du mort. Comme la Dame de Carreau n'est pas placée et que la couleur n'est pas partagée 3-3, le contrat chute normalement de deux levées.

En salle ouverte, Ouest entame l'As de Pique, tire le Roi de Pique et continue d'un petit Pique, coupé en Nord, sur lequel Est défausse le 3 de Trèfle (renonce). Le déclarant bat ensuite trois fois atout en terminant en main, Est défaussant le 3 de Pique au troisième tour. Sud prend un moment de réflexion et, à l'instant où il s'apprête à jouer, le mort signale la renonce. L'arbitre est appelé : il explique la loi sur la renonce et le jeu reprend. Le déclarant joue alors Carreau pour l'As, Carreau pour le Roi, capturant la Dame seconde au passage, puis Carreau pour le Valet. Il ne concède finalement que deux levées à Trèfle en plus des deux premières levées à Pique, pour un total de neuf levées. En ajoutant la levée de transfert, il réalise donc en fait dix levées, pour 4 juste fait !

En salle fermée, Sud tente correctement l'impasse à la Dame de Carreau pour gagner son contrat et concède deux levées de chute.

Le jugement de l'arbitre

L'arbitre estima que le déclarant de la salle ouverte avait reçu une information non autorisée (Loi 16), dont il avait profité : au lieu de faire l'impasse à la Dame de Carreau, comme le voulait le jeu normal, il avait adopté un maniement de sécurité, car il savait qu'il allait bénéficier d'une levée de transfert. L'arbitre ajusta donc la marque à une levée de chute, c'est-à-dire deux levées de chute (pour le jeu normal) moins la levée de transfert.

Si le mort s'était tenu à son rôle, le déclarant se serait peut-être aperçu de la renonce et aurait lui-même appelé l'arbitre. Après les explications de ce dernier, il aurait pu procéder en toute quiétude à son jeu de sécurité pour réaliser son contrat...



    LES LOIS CONCERNÉES



LOI 42 - DROITS DU MORT

A. DROITS IRRÉVOCABLES

1. Donner des informations
Le mort a le droit de donner des informations en présence de l'arbitre sur un fait ou sur une loi.
 
2. Marquer les levées
Il peut tenir le compte des levées gagnées ou perdues.
 
3. Jouer en tant qu'agent du déclarant
Il joue les cartes du mort en tant qu'agent du déclarant, sur ses indications (voir Loi 45F si le mort suggère un jeu).

B. DROITS SOUS CONDITION

Le mort peut exercer d'autres droits assujettis aux limitations prévues par la Loi 43.

1. S'informer d'une renonce
Le mort peut demander au déclarant (mais non à un joueur de la défense), qui n'a pas fourni de la couleur à une levée, s'il a une carte de la couleur attaquée.
 
2. Essayer d'empêcher une irrégularité
Il peut essayer d'empêcher le déclarant de commettre une irrégularité.
 
3. Attirer l'attention sur une irrégularité
Il peut attirer l'attention sur une irrégularité, mais seulement après la fin du jeu de la carte.

LOI 43 - LIMITATIONS DES DROITS DU MORT

Sauf spécifications contraires de la Loi 42 :

A. LIMITATIONS

1. Limitations générales
 
a) Appeler l'arbitre : sauf si un joueur a déjà attiré l'attention sur une irrégularité, le mort ne devrait pas prendre l'initiative d'un appel à l'arbitre pendant le jeu.
b) Attirer l'attention sur une irrégularité : le mort n'est pas autorisé à attirer l'attention sur une irrégularité durant le jeu.
c) Participer au jeu ou le commenter : le mort ne doit ni participer au jeu, ni communiquer au déclarant une quelconque information sur le jeu.

2. Limitations entraînant des pénalités spécifiques
Le mort n'est pas autorisé :
 

a) à échanger les mains avec le déclarant
b) à quitter sa place pour regarder le déclarant jouer
c) à regarder, de sa propre initiative, le jeu d'un joueur de la défense.

B. PÉNALITÉS POUR INFRACTION

1. Pénalités pour infraction
Le mort est passible de pénalités selon la Loi 901 pour toute violation des limitations énumérées dans le paragraphe A précédent.

2. Pénalités spécifiques
Si le mort, après violation des limitations énumérées en A.2 précédent :
 

a) prévient le déclarant de ne pas attaquer de la mauvaise main, l'un des défenseurs peut choisir de quelle main le déclarant devra attaquer.
b) est le premier à demander au déclarant si le jeu d'une carte de sa main constitue une renonce, le déclarant doit la remplacer par une carte correcte si son jeu est illégal. Les pénalités prévues par la Loi 642 s'appliquent comme si la renonce avait été consommée.
c) est le premier à attirer l'attention sur une irrégularité d'un des joueurs de la défense, aucune pénalité n'est appliquée. Si le camp de la défense tire directement avantage de son irrégularité, l'arbitre attribue une marque ajustée aux deux camps pour rétablir l'équité.

LOI 45 - CARTE JOUÉE  (extrait)

F. LE MORT INDIQUE LES CARTES

Sa main étant visible, le mort ne doit ni toucher ni indiquer une carte de son jeu sans instruction du déclarant (excepté dans le but de les ranger). S'il le fait, l'arbitre devrait être appelé immédiatement. L'arbitre décide si l'action du mort a constitué une suggestion au déclarant. Quand l'arbitre juge que c'est le cas, il permet au jeu de continuer, se réservant le droit d'attribuer une marque ajustée si la défense a été lésée par le jeu ainsi suggéré.


1. Pénalités de procédure
2. Procédure après la consommation d'une renonce